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Sur la route avec Emma Combo
Putain de virée. Tandis que le jour décline et que la route s’allonge comme un ruban sombre et maléfique, on se souvient d’une époque pas si ancienne où le rock mettait de la rage dans nos somnolences.
On imagine alors qu’on glisse le CD d’Emma Combo dans le lecteur de la bagnole. Plus besoin de baisser la vitre de la portière, c’est comme un grand courant d’air: même la place du mort semble s’animer sous la charge. Il y a la voix d’Emma, d’abord. Bien vicieuse, éraillée juste là où il faut, comme la trajectoire de cinq ongles dans la chair. On pense au chanteur de Pavlov’s Dog, ce groupe culte des années septante, à Janis Joplin, aussi, pour la douleur, à Edith Piaf également.
Au début, ils sont deux à l’accompagner: le multi instrumentiste Stéphane Cornioley et le batteur Marcel Bertoli. On les connaît, ces deux-là. Ils ont «écumé» la scène genevoise, comme on dit. Filé des émotions blues et rock à un public qui ne se cachait pas pour fumer. Pendant que le monde se décompose, le trio compose. De la chanson. Du sens. Ça tombe bien, on en manque. Ce sont des histoires qu’ils nous racontent, des tranches de vie à cheval sur des mélodies bien souples, qui ne rechignent pas à l’obstacle. Ambiance funky, country, blues et rock... leur manège à eux, en somme.
Eté 2001. Peut-être qu’il fait chaud. Didi Tischler pointe sa basse. Elle est belle, sa basse, bien musicale, à la fois ronde et tendue, discrète et pleine de charisme. Elle bouge bien du cul, pardonnez l’image. Peu après, le pianiste Christophe Diard vient tendre un matelas de notes pétillantes pour accueillir les ébats. Emma Combo est au complet: un cocktail d’énergie et de sincérité. Pas de boîtes à rythmes, pas de sampler, de l’authentique qui rime avec acoustique. La scène précise l’étreinte, ou plutôt les scènes, celles de La Traverse (première partie d’Axel Bauer), du Chat Noir, du Montreux Jazz Off ou encore des Fêtes de Genève. Le public ne s’y trompe pas, en redemande. Un public, ça s’écoute. Voilà donc le premier album, histoire de savourer l’élixir at home. «En Cage», 1er album, propose douze titres aux influences variées et aux climats différents.
Entre «Ma vie de con», du rock pur jus qui égraine l’ordinaire d’un quidam en mal de vitamines, et «J’ai dix ans», reprise de Souchon branchée sur le courant alternatif country-rock, Emma Combo n’en fait qu’à sa tête et se fend même d’une superbe ballade «Au nom du dieu» aussi délectable qu’un massage de l’occiput. Le tout est mixé de main de maître par José Baamil, alias Joe B., prince du R&B local et ancien leader de Duty Free. C’est dire. Bon, c’est pas tout, ça, mais j’ai encore pas mal de route. Tout le temps, donc, pour me repasser cette sacrée galette en boucle... (lc)
Distr. CH: Disques Office, réf. 65.410
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